Avec des films beaux et fragiles, la Section « Raretés des Collections », propose une plongée inédite au cœur des collections de la Cinémathèque française.
Dans une démarche de sauvegarde patrimoniale mais aussi afin d’offrir un regard nouveau et curieux, sur des œuvres souvent rares et fragiles, la Cinémathèque française s’engage dans la restauration de films devenus quasi invisibles. Partagée avec d’autres cinémathèques du monde, cette vocation encourage de nombreuses collaborations.
Cette année, la Section nous propose des films qui nous plongent dans un Paris poétique de la fin des années 50, celui de Pierre Prévert (Paris la belle), de Georges Franju (Notre-Dame, cathédrale de Paris) et de Jacques Baratier (Paris la nuit), trois cinéastes qui aiment mêler la fiction au documentaire, et inversement. Cette séance a été conçue à partir des restaurations que les restaurateurs et archivistes ont menés avec la société Argos, soutenues par le CNC et par la société Neuflize OBC.
Cette déambulation parisienne se prolongera avec des films tournés en banlieue, des œuvres saisissantes et magnifiques qui, déjà dans les années 20, prenaient le pouls de sa misère et évoquaient la nécessité de sa transformation : La Zone, Aubervilliers et Autopolis. Trois films tournés aux portes de la capitale où les usines automobiles monumentales, aujourd’hui disparues, côtoyaient une réalité sociale des plus rudes, maintenue jusqu’à aujourd’hui hors-champ, de l’autre côté du périphérique. Cette deuxième séance a été imaginée avec la Cinémathèque idéale des banlieues du monde, portée par les Ateliers Médicis et le Centre Pompidou, sur une idée originale de la cinéaste Alice Diop, ainsi qu’avec la société Les Documents cinématographiques, ayant droit de restaurations remarquables.
Dans la continuité des programmations précédentes du festival, la section « Raretés des Collections » poursuit ses restaurations de films muets transalpins inédits, en collaboration avec des chercheurs et des historiens du cinéma italiens, comme Silvio Alovisio et Luca Mazzei, qui travaillent sur le paysage de leur pays à travers le cinéma muet. Ils seront aux côtés de la Cinémathèque française et du CNC pour présenter cette invitation au voyage, l’occasion d’échanger sur les images documentaires Bergamo ou Almafi et des courts métrages de fiction comme Le Lys noir.
Enfin, œuvre plus contemporaine, le documentaire militant D’une brousse à l’autre, qui a été restauré avec le réalisateur Jacques Kebadian : le cinéaste s’était enfermé avec sa caméra vidéo auprès des sans-papiers dans l’église Saint-Bernard en 1995, pour un témoignage de ce triste épisode historique.
Le Festival de la Cinémathèque est donc une occasion magnifique et unique de faire revivre ces images tournées par des artistes qui n’ont cessé de contribuer aux renouvellements des formes cinématographiques en offrant un regard critique et dans le même temps, le témoignage unique d’une époque.
Section « Raretés des Collections » :
D’une brousse à l’autre (1997) de Jacques Kebadian – 104 min –
Le mouvement des sans-papiers de Saint Bernard filmé à partir de la participation du Malien Dodo Wagué. La deuxième partie montre le retour, très organisé et médiatisé, de Dodo dans son village africain.
Mars 1996, évacuation des familles africaines de l’église Saint-Ambroise à Paris. Six mois durant, Kebadian filme ces exilés dans les lieux de leur quarantaine et s’attache à l’un deux, le Malien Dodo Wagué. Échappant volontairement à la chronique événementielle, il propose une histoire plus humaine, plus universelle, dont l’enjeu est la reconnaissance de l’individu et le droit de vivre en harmonie avec son environnement social. Un témoignage essentiel.
Restauration en 4K à partir d’un internégatif 35 mm kinescopé pour l’image et de cassettes DAT pour le son. Restauration du son par Léon Rousseau, et étalonnage du film par François Ede, sous la supervision de Jacques Kebadian. Séance présentée par Jacques Kebadian.
Filmer la banlieue :
Aubervilliers (1945) de Eli Lotar – 25 min –
Avec son canal industriel et ses baraquements délabrés, la très grande précarité des Albertivillariens de l’après-guerre, sur les chansons et les commentaires de Jacques Prévert. Restauration argentique en 1988 par la Cinémathèque française, à partir des négatifs nitrate image et son.
Autopolis (1934) de Léon Poirier.
Des cadences d’assemblage aux gestes précis des ouvriers, une plongée dans l’immensité tumultueuse des usines Citroën, qui rappelle les défis de l’industrie moderne, en dépit de la condition humaine.
Restauration en 2025 par les Documents Cinématographiques et la Cinémathèque française, à partir d’une copie nitrate conservée dans ses collections.
La Zone (1929) de Georges Lacombe – 30 min – Avec Geymond Vital, Jane Pierson, Janine Parini.…
Premier film de Lacombe, d’inspiration naturaliste, un témoignage précieux sur le quotidien des familles de chiffonniers, installées entre Paris et sa banlieue.
Restauration en 2025 par les Documents Cinématographiques et la Cinémathèque française, en collaboration avec la Cinémathèque idéale des banlieues du monde. Travaux 4K à partir du négatif nitrate conservé dans les collections de la Cinémathèque française.
Films muets italiens :
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Accompagnement musical des courts métrages par un élève de la classe d’improvisation de Jean-François Zygel.
Amalfi (1924) Anonyme – 3 min.
Vues sur la ville d’Amalfi. Restauration par la Cinémathèque française en 2023, à partir du négatif nitrate conservé dans ses collections, travaux 4K réalisés au laboratoire l’Image Retrouvée.
Bergamo (1911) Anonyme – 3 min.
Restauration par la Cinémathèque française en 2023, à partir du négatif nitrate conservé dans ses collections, travaux 4K réalisés au laboratoire l’Image Retrouvée.
Cœur de bonne (Il Silenzio del cuore, 1914) de Gian Orlando Vassalo – 13 min.
Armando Rufini vit paisiblement avec sa mère. Giuseppina, une jeune servante, travaille pour eux avec d’autant plus de dévotion qu’elle est amoureuse d’Armando. Mais celui-ci s’éprend de la jolie et frivole Regina. Numérisation par le CNC en 2020, à partir d’une copie triacétate conservée dans ses collections
Fortuna Ciabattino ! (1908) Anonyme – 6 min.
Un cordonnier s’est acheté un billet de loterie, qu’il a collé sur un meuble pour que personne ne le lui vole. Lorsqu’il apprend qu’il a gagné, il se rue au guichet avec le meuble et récupère une grosse somme d’argent. Dès lors, il ne peut plus sortir dans la rue sans être assailli par tous les nécessiteux du quartier. (Film incomplet) Numérisation par le CNC en 2025, à partir d’une copie nitrate conservée dans ses collections.
Le Lys noir (1913) Anonyme – 22 min.
Numérisation par le CNC en 2025, à partir d’une copie nitrate conservée dans ses collections.
La Légende de Pierrette (La Leggenda di Pierrette, 1916) de Gero Zambuto – 15 min.
Pierrot et Pierrette s’aiment. Se promenant dans la campagne, Pierrette aperçoit un groupe de jeunes citadins. Elle leur vend ses fleurs. L’un des hommes tombe amoureux d’elle et lui fait une cour assidue, à laquelle elle n’est pas insensible… Restauration par la Cinémathèque française en 2025, à partir d’une copie nitrate teintée et virée conservée dans ses collections, travaux 4K réalisés au laboratoire l’Image Retrouvée.
Schneider et les lions (Schneider e i suoi leoni, 1910) de Giovanni Vitrotti – 2 min.
Le dompteur Alfred Schneider et Miss Marcella prennent le thé dans leur salon, entourés de lions. Restauration par la Cinémathèque française en 2025, à partir d’une copie nitrate teintée incomplète, travaux 4K réalisés au laboratoire TransPerfect Media.
Il Sire di Vincigliata (1913) de Alfredo Robert – 14 min.
Pour mettre fin à la longue guerre qui les oppose, le seigneur de San Miniato propose à celui de Vincigliata de marier leurs enfants, Jacopo et Beatrice. Restauration par la Cinémathèque française en 2023, à partir d’une copie nitrate peinte au pochoir et conservée dans ses collections, travaux 4K réalisés au laboratoire l’Image Retrouvée.
Le Paris poétique de Prévert, Franju et Baratier :
Notre-Dame, cathédrale de Paris (1957) de Georges Franju – 20 min – Avec Muriel Chaney (la voix de la narratrice)
Visite minutieuse de la cathédrale, qui mêle histoire, architecture et contemplation. Restauration en 2024 par Argos Films et la Cinémathèque française, avec le soutien du CNC et de la Fondation d’entreprise Neuflize OBC, à partir des négatifs 35 mm image et son.
Paris la belle (1960) de Pierre Prévert – 22 min – Avec Marcel Duhamel, Catherine Prévert, Jacques Prévert.
Une vision poétique de la capitale, qui juxtapose les prises de vue de 1929 et de 1958. Jacques Prévert s’interroge : est-ce que Paris, c’était mieux avant ? Restauration en 2024 par Argos Films et la Cinémathèque française, avec le soutien du CNC et de la Fondation d’entreprise Neuflize OBC, à partir des négatifs 35 mm image et son.
Paris la nuit (1955) de Jacques Baratier et Jean Valère – 30 min – Avec Jean Carmet, Ginette Garcin.
De Pigalle aux Grands Boulevards, en passant par les Champs-Élysées, une déambulation au cœur de la nuit parisienne, jusqu’au petit matin. Restauration en 2024 par Argos Films et la Cinémathèque française, avec le soutien du CNC et de la Fondation d’entreprise Neuflize OBC, à partir des négatifs 35 mm image et son et d’un interpositif.
Cinq jours durant, dans 9 cinémas (La Cinémathèque française, La Filmothèque du Quartier Latin, Le Christine Cinéma Club, L’Ecole Cinéma Club, La Fondation Jérôme Seydoux – Pathé, L’Archipel, L’Alcazar, Le Vincennes et Le Centre Wallonie-Bruxelles) le Festival de la Cinémathèque propose cette année encore, près d’une centaine de séances de films rares et/ou restaurés présentés par de nombreux invités et répartis en différentes sections pour célébrer le cinéma de patrimoine et fêter en beauté son douzième anniversaire.
Le Festival de la Cinémathèque (ex « Toute la mémoire du monde »), le Festival international du film restauré fête ses 12 ans avec une riche sélection de restaurations prestigieuses accompagnées d’un impressionnant programme de rencontres, de ciné-concerts et de conférences.
Moment privilégié de réflexion, d’échange et de partage qui met l’accent sur les grandes questions techniques et éthiques qui préoccupent cinémathèques, archives et laboratoires techniques mais aussi, bien évidemment (on l’espère encore !), éditeurs, distributeurs, exploitants et cinéphiles, le Festival de la Cinémathèque, né dans le contexte de basculement du cinéma dans l’ère du numérique, propose une fois de plus, cette année encore, une programmation exceptionnelle en donnant à voir aux spectateurs les chefs d’œuvre comme les œuvres moins connues (curiosités, raretés et autres incunables) du patrimoine du cinéma. Avec toujours un élargissement « Hors les murs » dans différentes salles partenaires de la manifestation à Paris et banlieue parisienne, puis, dans la continuité du festival francilien, en partenariat avec l’ADRC (Agence nationale pour le développement du cinéma en régions), plusieurs films qui tourneront après le festival dans des cinémas en régions, pour sa douzième édition, le Festival International du film restauré, renommé depuis l’année dernière « Festival de la Cinémathèque », s’affirme comme étant l’immanquable rendez-vous dédié à la célébration et à la découverte du patrimoine cinématographique mondial.
Créé par La Cinémathèque française en partenariat avec le Fonds Culturel Franco-Américain et Kodak, et avec le soutien de ses partenaires institutionnels et les ayants droit essentiels aux questions de patrimoine, ce festival est incontournable pour les cinéphiles passionnés, les amoureux du patrimoine cinématographique, les archivistes, les historiens, les chercheurs et autres curieux. Riche et foisonnante, la programmation du festival nous propose un panorama très éclectique des plus belles restaurations réalisées à travers le monde et salue ainsi non seulement le travail quotidien des équipes des différentes institutions, mais nous fait également prendre toute la mesure de la richesse incommensurable de cet Art qui n’a de cesse de témoigner tout en se réinventant tout le temps.
Afin de ne rien manquer de cet évènement, rendez-vous à La Cinémathèque française et dans les salles partenaires du festival du 5 au 9 mars.
Steve Le Nedelec
Festival de la Cinémathèque : Sans la connaissance de notre passé, notre futur n’a aucun avenir. C’est pourquoi le passé est un présent pour demain.
Festival de la Cinémathèque – 12ème édition – Festival International du Film Restauré – Du 5 au 9 mars 2025 à La Cinémathèque Française et « Hors les murs ».